Le bluff, outil et obstacle du malentendant

Il y a plus de dix ans, j’ai découvert le bluff, en même temps que ma perte auditive. C’était un outil dans ma mallette, qui me permettait de m’adapter à cette nouvelle perte auditive, et surtout de faire comme si elle n’existait pas.

J’ai dansé pendant des années avec le bluff. C’était tour à tour une valse, un tango, un haka. Au début le bluff était ma sauvegarde. C’était un comportement qui me permettait de ne pas révéler ma perte auditive. Je faisais comme si, de façon très convaincante. J’aurais dû jouer au poker.

Bluff au poker entre deux femmes
Bluff au poker

Qu’est-ce que le bluff, me direz-vous ? Eh bien, c’est cette façon de regarder quelqu’un dans les yeux, de ne pas avoir compris un mot de ce qu’il a dit, et de quand même hocher la tête d’un air convaincu. Ou rire au bon moment, sans savoir de quoi on parle. Quand j’ai commencé à perdre l’audition, j’ai développé une sensibilité extrême aux émotions et à l’énergie des autres, ce qui me permettait de réagir de la bonne façon au bon moment de la conversation, mais sans avoir compris un traitre mot de ce dont on parlait.

J’ai déjà un peu abordé le bluff dans certains de mes articles, comme ici où je l’évoque en quelques mots. Mais je suis étonnée d’avoir finalement si peu écrit sur ce sujet. C’est le moment de remédier à cela !

Le bluff, l’outil du début

Quand j’ai perdu l’audition, je ne m’en suis pas rendu compte tout de suite. Ce n’est qu’au moment où je me suis rendu compte que je n’entendais plus les moustiques, mais que ça ne m’empêchait pas de me faire piquer, un été, que je me suis rendu compte qu’il y avait un souci. Pendant cette période où mon audition a baissé, j’ai développé un certain nombre de comportements de compensation. Ces comportements me permettaient de ne pas voir le problème. Le bluff en faisait partie.

Et c’était utile, en particulier dans les petites conversations du quotidien avec des inconnus, où je n’avais pas forcément envie de parler de ma perte auditive. Le bluff me permettait aussi de rester connectée aux émotions des autres, même lorsque je n’arrivais pas à suivre les conversations.

La fin de la lune de miel

Et puis, je me suis rendu compte petit à petit que le bluff n’était pas vraiment mon ami. C’était un comportement qui finissait par m’isoler davantage, car il privait les autres de la possibilité de répéter ce que je n’avais pas compris, et de vraiment m’inclure dans les conversations.

J’ai commencé à mieux assumer que j’entendais mal. Je me suis fait appareiller. C’était un peu mieux mais pas fabuleux non plus, et je continuais à bluffer. Je me suis retrouvée dans des situations compliquée parce que j’avais bluffé au lieu de faire répéter, et qu’une information importante m’avait échappée. J’ai commencé à voir la limite de ce comportement, et à quel point il m’empêchait d’avancer.

Le bluff, obstacle à une bonne communication

Avance rapide jusqu’à maintenant. Je ne bluffe presque plus. Mais je vois que cela reste dans les habitudes, une sorte de comportement par défaut dans lequel je retombe quand je suis fatiguée, que tout le monde parle doucement, ou dans certaines situations.

Ca m’est arrivé hier soir. Pourtant, j’étais avec des personnes de confiance, dans un environnement tranquille. Je pouvais être vraiment moi-même. Et pourtant, à un détour de la soirée, je me suis vue bluffer.

Nous étions trois, à parler. A un moment, une des deux personnes s’est tournée vers moi et m’a parlé directement, en me regardant dans les yeux. Je n’ai pas compris, je lui ai demandé de répéter une première fois. Elle a répété, je n’ai toujours pas compris et j’ai hoché la tête. Elle m’a regardée un peu plus longtemps comme pour s’assurer que j’avais bien compris, et j’ai tenu son regard sans broncher.

Maintenant je me rends compte que c’est un peu comme si je lui avais menti directement. Je lui ai dit oui alors qu’en fait, non. Je vois maintenant à quel point ce comportement apparemment anodin peut avoir des conséquences nocives.

Et vous, est-ce que ça vous arrive de bluffer ?

Les acouphènes, ennemis de la paix intérieure

Quand les acouphènes sont une véritable souffrance

Nous étions tous à la campagne, en train de nous promener nonchalamment le long d’une route bordée de fossés herbeux, lorsque quelqu’un s’extasia sur la qualité du silence qui régnait. Une autre personne renchérit sur le bonheur de la vie à la campagne, sans pollution sonore. Pendant ce temps, je tendais l’oreille, étonnée. Je posai alors la question révélatrice :

« Mais on entend bien une machine agricole, là, en arrière-plan, quand même ? »

Eh bien non, apparemment. Je retirai alors mes appareils et me bouchai les oreilles. Et en effet, la machine agricole, c’était dans mes oreilles.

C’est à cette occasion, il y a maintenant plusieurs années, que j’ai découvert que j’avais des acouphènes permanents.

Ces acouphènes-là ressemblent à un bourdonnement, ou un souffle, un peu comme un bruit de circulation constant. étant habituée à habiter en ville et à avoir un fond sonore constant, je m’y étais habituée, et n’avais jamais pensé que cette pollution sonore pouvait être interne.

Et ça, c’est juste l’acouphène constant ! Parce qu’après, il y en a d’autres, qui vont et qui viennent au gré des situations, de la fatigue, des émotions et sûrement d’autres facteurs que je n’ai pas encore découverts. Ces autres acouphènes se rajoutent au bourdonnement de base.

Un de ces acouphènes transitoires, c’est une sorte de sifflement, ou tintement. On dirait vaguement quelqu’un qui heurte un verre en cristal avec une cuillère, et ce de façon répétée. Celui-là arrive de temps en temps, et reste rarement longtemps. Quelques heures au plus. Il est assez désagréable, parce que je ne peux pas en faire abstraction comme pour le bourdonnement de base. Mais il n’est pas trop irritant, et il ne reste pas assez longtemps pour me faire tourner en bourrique.

Récemment, par contre, j’en ai eu un nouveau. Si je devais en faire une onomatopée, ce serait quelque chose comme Bvrrrrrt. Ou Bvrout, si on veut pouvoir le prononcer. Bref, si vous avez déjà appelé quelqu’un en Angleterre ou en Irlande sur un téléphone fixe, ça ressemblait un peu au son que l’on entend en attendant que l’interlocuteur décroche. Et ce son-là est resté dans mon oreille gauche pendant toute une journée, et a bien failli me rendre enragée. Il revenait à intervalle très régulier, comme le son du téléphone, dès qu’il y avait un peu de silence